ESKANOUIL'
21Fév/124

Patrick perd les pedales

Passage au Vietnam : 16 janvier.

Trois femmes aux chapeaux pointus aident Seb à me porter au dessus des barrières automatiques puis dans l’escalier menant au poste de douane chinois. Arrivés en haut, elles nous demandent de l’argent, on ne comprend pas vraiment car on n’avait rien demandé, peut être qu’on est trop habitués à se faire aider… Ensuite, Babeth et moi on attend sagement devant une barrière pour pouvoir passer la douane pendant que les deux cyclistes font vérifier leur passeport.
Une fois qu’ils ont leur tampon, ils nous enjambent et on traverse le pont qui sépare les deux pays, des gens sont en train de repeindre la ligne blanche marquant la frontière entre les deux états.
Ca a l’air d’être un passage surtout emprunté par les piétons, Seb et Marjo se font donc enregistrer dans le truc des piétons puis ils ressortent nous récupérer et nous passons ensemble la frontière, sous les regards amusés des vietnamiens, « Good evening Vietnam ! ».

En quelques tours de pédales, on sent déjà le changement : plus de tricycles en vue, beaucoup moins de bicyclettes mais surtout, beaucoup plus de scooters à essence ! Et maintenant, on se sent vraiment au pays des chapeaux pointus ! La ville dans laquelle on arrive est vraiment moins grosse que la ville frontière voisine ; en Chine, n’importe quelle ville était démesurée, ici on se sent déjà plus à échelle humaine.

Avec tout ca, il est déjà un peu tard dans la journée, nous trouvons donc un hôtel pour la nuit, puis les deux zigotos partent en quête du « nécessaire de survie en pays inconnu » : un dictionnaire de la langue, une carte du pays et de la monnaie locale. Ils trouveront facilement un petit dictionnaire Anglais/Vietnamien (et vice versa), mais impossible de trouver la carte… Il faudra qu’on se débrouille à la boussole… Pour la monnaie, ca n’a apparemment pas été facile : ils ont fait cinq banques pour pouvoir finalement seulement retirer l’équivalent de 70 euros en Vietnam Dong (le maximum possible), et, d’ailleurs, ils se sont rendu compte quelques semaines plus tard qu’une des banques leur a prélevé un retrait de Dongs, desquels ils n’ont jamais vu la couleur…

Le lendemain, c’est parti pour la découverte du pays ! Plan d’attaque : longer la côte pour rejoindre la fameuse baie d’Halong qui se trouve à un peu moins de 200 Km de là. Après avoir dégusté leurs premiers nems, Seb et Marjo actionnent nos pédales et on roule énergétiquement jusqu’à que le soleil face mine de se coucher. En quelques heures à peine, j’ai reçu plus de salutations que dans toute une vie de tricycle ! Les gens sont très souriant, souvent très amusés de me voir, et les enfants s’amusent à nous suivre en vélo. Les sportifs auront droit à plusieurs « bicycle ! very tired ! », suivit d’éclats de rires sympathiques, et un jeune homme sur son scooter me poussera sur quelques mètres afin de reposer les cuisses de Seb, ce qui nous permettra de rattraper Babeth et sa cavalière. Faut dire qu’on est moins rapides tous les deux, je suis lourd et j’ai trois roues ! Et puis, Seb ne me ménage pas beaucoup en ce moment… depuis que ces petits cuissots se sont raffermis, il force de plus en plus pour me faire suive le rythme de Babeth (ah, les mecs…), mais malgré mon jeune âge, la pluie et les nuits dehors m’ont un peu tout rouillé, et ça, Seb, il s’en fout !

Du coup je perds les pédales… et plus exactement la pédale droite : fendue. Mon tortionnaire et sa compagne m’emmènent rapidement chez un mécano de rue, ou plutôt, de route (car on est maintenant en pleine campagne). Le bricoleur vietnamien ne prend par peur : il démonte, découpe, lime, soude, re-découpe, re-soude, refroidit, et remonte. Le tour et joué ! Ma pédale tient de nouveau et je n’ai presque pas eu mal !

Il fait nuit et sur le chemin du retour à notre première « ngha ngi » (qui signifie en gros « maison d’hôte », il faut le savoir ! On utitlisera ce genre de logements tout au long du Vietnam, bon marché et sympathique), nous nous arrêtons devant un cyber-internet pour acheter des mandarines. Mais le gérant des lieux ne voit pas ça du même œil que nous : après quelques gestes accueillant, Quang invite Seb et Marjo à s’assoir boire le thé, et leur offre les mandarines.

Quang a une trentaine d’années et il parle anglais. Après quelques échanges sympathiques, il les invite à boire leur premier « café viet » dans le bar de sa tante. Pendant ce temps, je reste dehors, pas attaché, et je peux observer la vie de ce petit village du bord de la route. On leur apporte trois tasses avec des espèces de soucoupes métalliques posées dessus, ils comprennent alors que le café est en train de se filtrer en direct : café crémeux, caramélisé, tiède, avec un très bon gout, mais qui ne ressemble pas vraiment à du café ! Ils passeront une chouette soirée à discuter avec Quang du Vietnam et de la France, à apprendre leurs premiers mots et à échanger sur plein de sujets.

Le lendemain matin, Quang vient les chercher juste avant que le réveil sonne (8h), il est l’heure bien entamée du petit déjeuner vietnamien ! On se rend vite compte que la vie ici commence tôt. A trois sur le scooter de Quang, ils vont savourer plus loin leur petit déjeuner à base d’intestins, saucisses de sang séché et autres mets accompagnés de vin vietnamien. Après plusieurs thés avec Quang, chez son ami, chez lui et chez sa tante, son père nous convie au repas de midi. Les veinards dégusteront du bon poisson bouilli et du poulet mariné, accompagnés du gâteau typique du nouvel an : le Banh chung (gâteau salé à base de riz enveloppé dans des feuilles de bananier) et de différents vins vietnamiens. Après le repas, nos hôtes fument du tabac fort dans une grosse pipe à eau en bambou plongée dans un seau. Nous remarquerons, plus tard, que ce genre de pipe est en libre service dans les cafés et les restaurants.

Malheureusement le repos n’est pas éternel, et malgré l’accueil plus que chaleureux, les baroudeurs ont décidés de poursuivre leur route aujourd’hui car ils ont encore beaucoup de chemin à faire. On fera donc 20 bornes ce jour là, malgré le mauvais temps et les douleurs aux genoux de nos conducteurs. On verra passer à côté de nous de nombreux scooters portant tout et n’importe quoi, allant de la famille entière (à 5 sur le scooter)aux paniers à poules, en passant par des congélateurs, des grosses branches de bambou, des cochons vivants (saucissonnés à l’envers sur la moto) ou  morts, etc…
A part les motos, quelques énormes camions « à l’américaine » nous doublent bruyamment, nous en rencontrerons deux en collision frontale sur le bord de la route… impressionnant.

Ils se retrouveront une Ngha ngi pour dormir. Ils commencent déjà à avoir une idée du prix de la nuit, par contre, côté resto, c’est pas encore ça : les prix changent du tout au rien et ça sent très souvent l’arnaque… D’ailleurs, côté cuisine « simple », les plats ne changent pas trop de la chine : riz blanc, accompagné de viande ou de légumes et soupe de noodles sont les plats de tous les jours. On croise par contre de véritables restaurants de viande de chien, avec affiches et statuettes de chiens à l’entrée. Nos amis mangeront une fois dans ce genre de restau (en précisant qu’ils sont végétariens pour ne pas avoir de mauvaises surprises) et croiseront le corps d’un ami canin décapité dans une bassine : drôle d’effet (surtout quand un autre ami canin, vivant, tourne autour en tirant la langue joyeusement).

Les prochains jours seront assez difficiles pour toute la troupe, il fait moche, il pleut tout le temps et nous roulons sur un paysage très vallonné ou grandes montées succèdent sans fin à grandes descentes. Le moral est à son plus bas lorsque nos deux petits héros se rendent compte qu’il n’ont plus assez de sous pour payer la prochaine nuit d’hôtel, et tout juste assez pour manger jusqu’ au lendemain, temps nécessaire afin de rejoindre la prochaine ville où, à priori, il pourront trouver une banque. Ils dormiront donc pour la première fois dans leur nouvelle tente, montée derrière un restaurant familial, sous la pluie, et accrochée à l’aide de vieilles briques abandonnées. Après quelques parties de Xiangqi (échecs chinois) avec la famille du restaurant, ils vont se coucher, humidement. Nous, les vélos, on passe la nuit à l’abri sur la terrasse du resto !

Le lendemain nous arrivons finalement à la « ville », où nous pouvons nous remplir les poches et où, Vélos comme Hommes, nous dormirons au sec dans un hôtel. On est la veille du nouvel an et presque tous les magasins ou restaurants sont fermés, du coup, gentiment, le patron de l’hôtel invitera Seb et Marjo à manger dans son établissement. Puis répétera l’offre pour le soir et le lendemain ! Nos voyageurs sympathiseront alors avec l’équipe, et plus particulièrement avec Cuong, le jeune gardien de l’hôtel. Il les emmènera en scooter admirer le bruyant feu d’artifice du nouvel an, puis les invitera dans sa famille, rencontrer ses parents, sa femme, et sa toute jeune fille (moins d’une semaine). Vu qu’il se fait tard, il leur propose de revenir manger un des repas du nouvel an le lendemain. Seb et Marjo ne se feront pas prier et passeront encore un très agréable moment avec toute la famille et les amis de Cuong, à déguster des nems, du poulet, du Banh chung, des « vraies » chips à la crevette et tout plein d’autres petites choses appétissantes.

   

Après ce repos de quelques jours et toutes ces fabuleuses rencontres, il faut maintenant repartir. Juste avant, Seb me martèle un peu les pédales à coup de clef à molette pour régler un petit problème de fixation, qui va, finalement, s’avérer ne pas être un si petit problème que ça… On roule sur le plat jusqu’à notre objectif : la baie d’Halong. Ne sachant pas trop où aller dans cet endroit « mythique », nous nous arrêtons dans un quartier populaire, près de la mer. Nous avons bien fait, car Seb et Marjo pourront se balader dans les petites ruelles de ce quartier de pêcheurs et marcher le long d’une route en construction, abandonnée, longeant la rive et donnant sur les belles collines de roches qui semblent jaillir de l’océan. Ils n’essayeront pas de faire de tour bateau, car cela semble cher et tout plein d’arnaques, et que, de plus, le mauvais temps ne s’y prête pas. Ils pourront tout de même admirer les gros cargos et pétroliers amarrés dans la baie, à l’abri des photos de magazines touristiques.

C’est décidé, le mauvais temps, la pluie, le froid, les manteaux et les polaires humides… c’est fini ! Nos deux compatriotes ont pour plan de rejoindre Hanoi, la capitale, en bus. Non, non, rassurez vous ! Le projet de nous abandonner, Babeth et moi, n’a qu’effleuré leur petite tête. Après quelques kilomètres pour traverser le côté touristique de la ville, nous nous arrêtons sur le bord de la route pour attendre le prochain bus pour la capitale. Il faudra ensuite négocier le prix des billets pour nous quatre, pas facile, surtout qu’aucun de nous n’a une idée du prix des bus au Vietnam… On se fera donc bien arnaquer, et pire que cela, le chauffeur et ses associés me violenteront afin de me faire entrer dans la soute du véhicule ! En m’enlevant la roue avant, ils abimeront ma mécanique chinoise, malheureusement très délicate…

Il fait tout noir, Babeth est à mes côté, à l’envers, et ronchonne silencieusement. Chaque nid de poule sur lesquels le bus rebondit me rappelle que j’ai besoin d’un bon bain d’huile…

LES PHOTOS, PAR LA !

Commentaires (4) Trackbacks (0)
  1. un super récit Patrick , que d’ aventure ! mais où j’ ai le plus retenu mon souffle c’est la
    collision des deux camions , heureusement que tu n’ étais pas au milieu ! ils sont frappés
    ds ce pays ???
    continues à nous époustoufler encore , on en perd les pédales , comme toi !!
    d’ énormes bisous et beaucoup d’ encouragements à vos conducteurs et quelques gouttes
    d’ huile pour toi et Babeth .

  2. Alors comme ça vos conducteurs sont végétariens … pourtant Seb adore la viande d’habitude !! Vraiment c’est à rien n’y comprendre, franchement je vous dit un grand bravo pour pouvoir les supporter pendant ce bout de voyage ! aller aussi un bravo pour Seb et Marjo, parce que mine de rien même si vous êtes tout rouillés c’est pas vous qui pédaler !!!

  3. Salut Seb, Salut Marjo !
    On a rejoint la communauté de ceux qui vous suivent via votre blog, c’est super! J’ai même fait suivre un lien vers vos photos et vos carnets à ma grand mère, elle était au anges, ça lui rappelle les voyages de sa jeunesse… ;o)
    Continuez bien sur les routes, nous on avale de la poussière…(tempête de sable aujourdhui!…)
    Julie et Regis

  4. Je dois dire que j’ai eu la même émotion que « roche mam »!! mais est ce bien étonnant?? imaginer que nos petits aient pu être pris ainsi en sandwich, quelle horreur; vous, patrick et babette, passe mais eux! ne les emmenez pas n’importe où!


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