ESKANOUIL'
15Jan/125

Nanning

Samedi 31 décembre, Nanning, 20h,

nous descendons du train en nous frottant les fesses (les sièges durs nous les ont toutes ramollies). Nous avons repéré une guest-house pas loin de la gare et nous nous y dirigeons activement. Nous nous installons dans un dortoir pour six, prenons une bonne douche et sortons en ville pour notre fameuse soirée du nouvel an !

Les rues sont pleines à craquer, les gens vont et viennent, mangeant des brochettes de bébés poulpes et buvant du jus de bambou frais à la paille, nous nous engageons dans une rue où l’animation est à son maximum : la rue de la bouffe (de notre propre appellation) ! Effectivement, à droite comme à gauche, notre regard se pose sur des choses mangeables… de toutes sortes, fruits de mer exotiques, jus de noix de coco, poissons frétillants dans leur baignoire, toutes parties plus ou moins appétissantes d’animaux plus ou moins reconnaissables, filets de crocodiles, steaks de requins, serpents, etc. Nous dinerons un plat de noodles frits en compagnie d’un arrière train d’apparence canine, dépecé et pendu.

Et oui, ici on mange bel et bien de la viande de chien et de chat. Malgré le fait que, plus au Nord, Yiwei, un de nos couchsurfeur, nous ait démentit cela, nous croisons des demi-carcasses très significatives du meilleur ami de l’Homme. On apprendra aussi que la viande de chat est délicieuse, mais onéreuse. Malheureusement pour notre curiosité gustative, faute de moyens (ou d’appétit), nous n’y avons pas gouté.

Pour célébrer les premières secondes de la dernière année de l’histoire de l’humanité (d’après certains peuples anciens et quelques cinéastes modernes), nous partons en quête d’un bar. Pas facile, nous dégotons tout de même une espèce de restaurant à balcon où de nombreux groupes de chinois vident joyeusement des cartons de LIQ (la bière locale) en grignotant des pattes de poulets grillées. Après avoir choisi le téléphone portable avec l’heure la plus décalée (celui de Seb) pour retarder le moment fatidique et observer les réactions de nos voisins, nous nous embrassons chaleureusement au gong numérique, dans un éclat de mousse asiatique !

Un seul des groupes de chinois arrosés lèvera son verre en l’honneur du calendrier Grégorien, solaire, qui est de nos jours utilisé dans la plupart des pays du monde dont la Chine (à l’exception de l’Arabie saoudite, de l’Iran, de l’Afghanistan, du Pakistan et de l’Ethiopie). Les chinois ne fêtent pas spécialement ce nouvel an « occidental » car leur tradition est restée basée sur le nouvel an de leur ancien calendrier, populairement appelé : calendrier chinois. Ce calendrier luni-solaire à été inventé en 2698 avant J-C et remplacé en 1929 après ce dernier dans toute la Chine. Donc, le 23 janvier de cette année, les chinois vont fêter la 4710ème année de leur ancien calendrier, ce qui va, comme chaque année, entrainer la plus forte migration humaine de la planète.

Ceci dit, on a encore soif. Et comme nos copains français nous manquent pour cette occasion, on se dirige vers un autre « resto-bar » pour s’en faire de nouveaux (plus asiatiques). Et ça ne manque pas, car on passera la soirée à se faire payer des coups par une bande de chinois et chinoises, baragouinant des bulles et buvant leurs mots (d’un anglais aussi médiocre que le nôtre à cette heure là…).

   

Les lendemains à Nanning vont se ressembler. Le centre ville est grand, sale, bruyant de consommation et surpeuplé : nous expérimentons un bouchon de circulation humaine en pleine avenue… terrible. Et malgré les innombrables fast-foods, dur de trouver un bol de noodles simple et peu cher. Définitivement, les grandes villes ne nous plaisent pas. Mais un petit projet trotte légèrement dans nos têtes depuis un certain temps et c’est le bon moment pour passer à l’acte : acheter des vélos et s’enfuir dans la campagne, libres comme une chambre à air ! Nous laissons donc le soin à la guest-house de s’occuper de nos visas pour le Vietnam, pendant que nous rejoignons Darren (ou Liu Sheng Yong, de son vrai nom) un jeune chinois de 24 ans vivant à Nanning, rencontré grâce à couchsurfing, et qui va nous héberger deux nuits dans son petit appartement.

Nous lui expliquons notre projet murement réfléchi : acheter deux tricycles (comme on en voit de partout dans la rue) pour pouvoir transporter nos sacs tels quels dans la caisse arrière. Notre budget étant de 1000 元 max pour le tout (environs 120 euros). Bien qu’étonné et septique sur les chances de réussite, il ne s’est pas moins découragé et nous a aidé du mieux qu’il a pu. Nous avons alors suivit son plan d’action : premièrement, faire un tour au « illegal market ». Comme son nom l’indique, c’est l’endroit idéal pour trouver un vélo rapidement et bon marché, à condition de ne pas trop poser de questions sur sa provenance. Pas forcément très fiers d’aller y faire un tour, nous ne savons surtout pas trop à quoi nous attendre… Etonnés, nous cherchons en vain les crapules asiatiques aux visages édentés et aux regards éméchés cherchant à nous vendre leurs trouvailles dans le fond de rues sombres infestées de rats sifflant. Non, quelques femmes attendent aux alentours d’un arrêt de bus et rigolent en hochant négativement la tête lorsque Darren leur parle de tricycles : malheureusement, ou heureusement pour nous, il n’est pas courant de voler des tricycles, ils sont trop encombrant et se revendent mal.

Comme Darren ne connait pas d’autre possibilité de trouver rapidement ce genre d’engins, nous nous installons chez lui et parcourons les petites annonces sur internet et différents forum chinois. Nous trouvons alors une annonce correcte d’un tricycle d’occasion et l’adresse de la fabrique de tricycles à Nanning. Nous en profitons aussi pour boire de la bière, manger des chips et discuter avec Darren de sujets délicats comme le mariage, l’ambition ou le bonheur.

Le lendemain, c’est reparti : direction la fabrique de tricycles. Nous découvrons alors un atelier rempli de tricycles de toutes sortes, tailles, couleurs et motorisations. La plupart d’entre eux sont pendus à la verticale alors que d’autres, en pièces détachées, attendent leur future naissance. Dans la pièce du fond, sous de légères vapeurs bleues, un ouvrier peint à l’aérographe des châssis cuivrés. Le patron nous présente ses joujoux tous neufs : 550 元 pour le moins cher, pouvant transporter jusqu’à 200 Kg, 750 元 pour la gamme du dessus, même taille mais plus costaud (jusqu’à 500 Kg). On se regarde, on calcule et on sourit, « we think that carrying two hundred kg are enough for us… », les « cheapest » feront bien l’affaire, et en négociant un peu on les aura bien pour 1000 les deux.

Nous prenons tout de même le temps de réfléchir. Après avoir passé une deuxième nuit chez Darren, nous le quittons pour rejoindre la guest-house et récupérer nos passeports. Nous avons deux jours pour acheter du petit matériel (moustiquaire, différentes sortes d’anti-moustique, médicaments, etc…) car Darren vient nous chercher samedi matin, à 10h, sacs aux dos, pour aller acheter les tricycles et partir de la ville. Nous squattons donc un peu plus l’auberge un peu chère, profitons des douches, du wifi et du lecteur DVD et nous nous retrouvons rapidement au jour J. Nous suivons donc Darren comme prévu, au détail près que nous avons laissé nos sacs à la guest-house et payé une nuit d’avance… on partira dimanche. Arrivés à l’atelier, la patronne nous déconseille fortement de prendre les moins chers, de trop mauvaise qualité pour arriver jusqu’au Vietnam, et nous aiguille vers le modèle du dessus. Effectivement, quelques essais plus tard, nous sentons la différence. Mais pour le coup, deux tricycles à 750 元 pièce, c’est beaucoup trop pour nous. On se rappelle alors que l’offre d’occasion sur internet était pour ce genre de modèle, et à seulement 450 元. Un coup de fil et un « au revoir » habile plus tard, nous nous retrouvons devant le vélo d’occasion : bon état, peu de rouille, pneus quasi neufs, « ok », on baisse à 420 (pour le principe) et on achète.

Ca y est, c’est parti. Darren et Marjo montent à l’arrière pendant que Seb pédale, étonnement sans trop de mal… « si Seb peut tirer deux personnes sans trop de mal, deux sacs, ce sera du gâteau ! », « donc on a pas forcement besoin d’acheter un autre tricycle… », « une bicyclette nous reviendrait bien moins cher et se serait plus pratique, non ? »
« Oui !! »

Hop ! Seb pédale, non sans mal, jusqu’au marché illégal et tout le monde débarque devant une des refourgueuses chinoises. Dans le coin d’une ruelle pas trop sombre, on essaye notre future bicyclette : bonne qualité, pas de rouille, bons pneus, frein à tambour arrière fonctionnel, « ok », on baisse à 160 元 et on achète. A ce moment là, Darren enfourche le vélo et nous dit de le suivre assez rapidement. Quelques dizaines de mètre plus loin il s’arrête : « now, it’s safe ! ».

Que les plus justiciers d’entre vous nous pardonnent, oui nous avons contribué au terrible marché barbare des voleurs de bicyclettes, mais nous nous consolons en imaginant la vie monotone et difficile à laquelle était destiné notre petit vélo chinois et en la comparant aux aventures fruitées et ensoleillées que nous allons lui faire vivre !

Ceci étant fait, nous parcourons les rues, toujours avec l’aide de Darren, pour trouver le reste de l’équipement : clef à molette, pince, pompe, rustines, colle, chambres à air, cadenas, chaine, antivol et une belle bâche bleue, blanc et rouge ( !). Un réparateur de vélo, posté à un coin de rue, nous vendra une partie du matériel et nous installera une nouvelle selle plus confortable sur la bicyclette : nous sommes parés !

Nous mangeons quelques raviolis chinois avec Darren, puis après beaucoup de remerciements, nous le quittons. On fait nos sacs, on règle le réveil, demain, ça y est : « on se casse ! ».
Cinq petites roues alimentent nos rêves…

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Commentaires (5) Trackbacks (0)
  1. Il en jette votre tricycle les eskanouils!

  2. Carrément qu’il en jette ! Vous nous l’envoyer par la poste une fois que vous en avez terminé avec lui ?!

    • tu peux toujours courrir! on aimerait bien pouvoir le rammener …mais pr nous!!!!!!!! ahahaha! on aurait trop la classe dans les rues de Lyon! mais bon, difficile a faire…

  3. Je regarde les photos des mois passés et je découvre enfin le coquelicot d’albanie et son commentaire: je suis ému et touché, Marjo.
    En voyant toutes ces photos et ce chemin parcouru depuis 7 mois, je me dis; « quelle richesse pour vous deux » . Et en même temps tu me manques, ma fille

    Dad


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